JE TÉMOIGNE

Vous êtes en contrat aidé et vous souhaitez raconter votre travail et les difficultés que vous rencontrez avec ces contrats précaires, dans les écoles, les EHPAD, les associations, etc ? Vos contrats ne pourront pas être renouvelés parce que les financements ont été gelés ? Envoyez-nous vos témoignages écrits, oraux, vidéos : nous les éditerons et nous les anonymiserons, bien sûr.

Ce n’est que par la parole libre que nous nous sentirons plus fort.

Je témoigne

Je suis prof dans un collège REP du Pas-de-Calais et nous avons appris le jour de la prérentrée que 6 contrats aidés étaient « virés ». Les personnes qui leur ont annoncé la nouvelle étaient dans le même état que ces 6 agents : totalement abattues, je parle de notre chef d’établissement et de notre gestionnaire. Sur ces 6 personnes, « Thierry » est à un an de la retraite, il est reconnu travailleur handicapé, il se croyait tranquille, finir sa carrière, encore une année, et bim. « Moussa » est un érythréen qui a connu le périple par Calais, qui est logé dans une famille, il commençait vraiment à s’intégrer, à lancer des sourires, à pouvoir parler convenablement… et bim. Il ne comprend pas pourquoi une autre personne que lui va faire le même travail que lui alors qu’il le faisait très bien. Bah ouai, on vit dans un pays civilisé, la France, pays d’une implacable logique … « Annie » est d’origine malgache, elle sort de plusieurs années de galère à trouver un boulot, elle se sentait bien avec ses copines en service nettoyage, et bim. Pis y a « Michel », séparation, tentative de suicide malgré les enfants en début d’année, il avait bien remonté la pente cet été, et bim. Ça fait un peu cour des miracles ou les misérables mais tout ce que je raconte est vrai. On était donc une cinquantaine ce matin à l’entrée du collège, on a débrayé la première heure, profs, surveillants, agents, tous solidaires des 6. On les soutient et ils étaient très très heureux ; ce ne sont pas des personnes qui ont l’habitude d’attirer les foules et l’attention des autres.Click to Tweet
Mon premier emploi à temps plein était un 'emploi jeune' (oui je ne le suis plus trop). Ca ma donné confiance pour la suite. Je ne suis même pas allé au bout des 3 ans du contrat, ayant trouvé un CDI entre temps.Click to Tweet
Au lieu d’augmenter mon chiffre d’affaires aussi stupide qu'il soit, qu’ils nous aident pour nos employés !Click to Tweet
J'étais en CUI depuis un an et demi dans un lycée. Mon contrat devait être renouvelé pour 6 mois, Pôle Emploi avait donné son accord. Finalement je n'ai été payée que 10 jours au mois de Juillet et rien pour le mois d'Août. Je fais ma 'rentrée' la dernière semaine d'Août avec la boule au ventre et effectivement on me dit de rentrer chez moi vu ce qu'il s'est apparemment passé cet été. Car personne n'est vraiment en mesure de dire ce que je vais devenir. Par chance il était prévu que je bascule sur un CDD dès septembre. Mais une collègue elle se retrouve sans emploi, sur un claquement de doigts et sans délai pour se retourner. Pas prévenus, pas payés. En somme on peut dire que j'ai cru travailler au noir pour l'état et sans être payée. Le minimum aurait au moins été d'arrêter les renouvellements sans forcer les employeurs à rompre les CUI pour 'FAIT DU PRINCE'.Click to Tweet
L'association qui m'emploie a crée quatre postes ces 10 dernières années grâce aux différents systèmes d'aides à l'embauche. Aujourd'hui, ces 4 postes sont pérennisés, autofinancés et ne sont plus subventionnés. Sur 5 salariés, cela fait un taux de contrats aidés de 80%. Alors, vraiment inefficaces ?Click to Tweet
Mon contrat d'EVS administratif est supprimé. J'ai réussi à transformer mon contrat en aide aux enfants handicapés, grâce à l'intervention des syndicats, mais à un mois de la fin de mon contrat je ne sais encore pas s'il sera renouvelé. Je savais que ce contrat était à durée déterminée mais en 4 ans j'ai pu constater à quel point j'étais très utile. Quand il faut prendre plus de la moitié des élèves d'une classe parce qu'il n'y a pas de remplaçant, quand le maître G en longue maladie n'est pas remplacé, une absence d'un an compensée par mon aide auprès des enfants. Les petits groupes que je prends en informatique offrant à ce moment là la possibilité au professeur de travailler avec un petit groupe et d'aider plus particulièrement les enfants en difficultés...la tonne administrative demandée au directeur, dont je peux le décharger d'une partie, parce-qu'on ne peut pas non plus laisser l'accès à des données confidentielles à une personne que l'on ne connait pas... de même un enfant qui arrive en maternelle et qui présente des troubles, qui va s'en occuper ? Et bien moi. Car il faut plusieurs mois d'observation, et plusieurs années avant qu'un AVS soit accordé pour un enfant ...et un enfant présentant des troubles du comportement dans une classe de 27 élèves, même avec une atsem, c'est au détriment des autres enfants !
Si j'avais vu que je n'étais pas indispensable, j'aurais accepté de bonne grâce que mon contrat se termine, mais là, il y a un vrai besoin de personnel et on nous fout dehors...c'est ce qui m'indigne le plus. On me met au chômage, soi disant qu'il n'y a pas de travail....le boulot ne manque pas dans le public ...et le public c'est bien l'État non ?
Click to Tweet
Je suis un contrat aidé (CUI) au service nettoiement du Secteur Nord. Les auxiliaires et certains contrats chez les espaces verts n'ont déjà pas été renouvelés. J'ai mis à profit ce temps de contrat pour trouver une formation professionnelle, qui devrait commencer début novembre. Initialement, je devais pouvoir compter sur deux ans de contrat. Or, je serais au chômage fin novembre, presque en même temps que le début de ma formation. Cela va me mettre dans une réelle difficulté financière (et je suis pourtant quelqu'un de raisonnable), avec peut-être un revenu moindre que lorsque j'étais au RSA il y a deux ans. Sans la solidarité familiale, je ne pourrais pas assurer les coûts de cette formation (2 250EUR)
Cet été, la mesure du gel des contrats n'est évidemment pas passé inaperçu dans le service. Beaucoup de mes collègues au nettoiement sont à quelques années de la retraite. Ils auront du mal à retrouver un travail après la fin des contrats aidés. D'autres sont handicapés. Ils cherchent à travailler pour avoir une vie sociale et gagnent moins en travaillant qu'avec les aides de l'état. Ce sont donc des gens qui font le choix du travail.
Je trouve absurde, honteux et révoltant qu'un gouvernement prive arbitrairement mes collègues et moi d'un travail salarié sous prétexte que ce n'est pas un vrai travail et que l'état n'a pas à payer pour la misère sociale. Or, deuxième absurdité. Je suis payé 714EUR pour travailler. En l'occurrence me lever à 5h du matin et ramasser les déchets, les feuilles et autres encombrants dans les rues d'Amiens, qui en ont bien besoin. Ce n'est pas un travail facile, quoi qu'on en pense. Il ne sera plus assuré correctement et je peux dire sans me tromper qu'Amiens va devenir une poubelle dans les quartiers les plus défavorisés du secteur Nord. Au chômage, j'aurais 541EUR (selon la simulation de Pôle Emploi), plus quelques miettes d'APL et aucun RSA, le tout sans travailler. Pour 170EUR de différence, à peu près, l’État se prive d'un travailleur utile pour la collectivité. Je crois que cette suppression des contrats aidés illustre l'absurdité (pour ne pas être plus vulgaire) de ce gouvernement qui préfère mettre au chômage un demi million de gens (auxiliaires territoriaux et contrats aidés) pour récupérer dans sa poche la différence entre nos salaires actuels et ce que nous toucherons au chômage (fort peu pour vivre décemment soyons honnête). C'est écoeurant.
Click to Tweet
2K Partages
Partagez1K
Tweetez663
Email